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L’indépendantiste Jean-Guy Talamoni a été élu mardi président de l’Assemblée de la nouvelle collectivité territoriale unique de Corse et a dédié sa victoire “à nos prisonniers et recherchés”, dans un discours d’investiture entièrement prononcé en corse.

Le président de Corsica Libera a aussi dédié la victoire des nationalistes “à tous ceux du Front de libération nationale de la Corse, armée invaincue, née il y a quarante ans pour défendre le peuple corse à une époque où la démocratie n’existait pas sur cette terre”.

Officiellement installée mardi à Ajaccio, la collectivité territoriale unique, à forte dominante nationaliste (41 sièges sur 63), devait élire dans la soirée l’autre vainqueur des élections territoriales de décembre, l’autonomiste Gilles Simeoni, à la tête du Conseil exécutif, sorte de “mini-gouvernement” de 11 membres.

Jean-Guy Talamoni a été longuement applaudi et des cris de joie dans l’hémicycle et dans les tribunes des invités, ont accueilli son élection. Les élus d’opposition comme Jean-Martin Mondoloni et Camille de Rocca-Serra sont restés stoïques.

Sur les 63 élus, 40 ont voté pour M. Talamoni. Les candidats de droite Jean-Martin Mondoloni et Valérie Bozzi ont respectivement obtenu 10 et 6 voix. Jean-Charles Orsucci (LREM), 6 voix. Un élu qui a avoué ensuite avoir été “distrait”, s’est prononcé pour l’autonomiste Gilles Simeoni, qui n’était pas candidat à la présidence.

La nouvelle collectivité est une instance inédite en France, une super-région qui fusionne l’ancienne collectivité (région) et les deux départements corses.

-“Il faut que Paris évolue”-

A la mi-journée, le ministère de l’Intérieur a annoncé la visite en Corse vendredi 5 janvier de la ministre Jacqueline Gourault, nommée le 12 décembre, dans la foulée des élections territoriales, à la fonction informelle de “Mme Corse”.

Auparavant, sur France Inter, Gilles Simeoni avait demandé au président de la République de “parler rapidement sur sa vision de la Corse et sa vision du dialogue” qui devra “s’engager entre la Corse et la République”. Le dirigeant nationaliste a estimé que M. Macron était “le mieux placé (…) pour donner le signal de l’ouverture de ce dialogue”.

Interviewé dans le Parisien/Aujourd’hui en France, Jean-Guy Talamoni, s’est montré plus sévère envers Paris, estimant qu'”à l’heure actuelle, ni le président de la République, ni aucun membre de son gouvernement, ne sont vraiment au courant de la question corse”.

Le 12 décembre, le Premier ministre Edouard Philippe avait semblé fermer la porte aux revendications des dirigeants corses – co-officialité de la langue corse et du français, amnistie des “prisonniers politiques” et statut de résident corse permettant de protéger les insulaires de la spéculation immobilière – en estimant que toutes les réformes à venir devraient être “conformes au cadre constitutionnel”.

“Si une Constitution ne permet pas de reconnaître un peuple, c’est à la Constitution de changer et pas au peuple de disparaître”, a rétorqué Gilles Simeoni, sur France Inter.

Le leader autonomiste est notamment revenu sur la demande d’amnistie des “prisonniers politiques”, arguant qu’elle était portée par 200 des 350 communes corses.

M. Simeoni, qui était aussi l’avocat d’Yvan Colonna, a estimé que dans le cas des trois hommes condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac en février 1998, “on peut tout simplement appliquer le droit positif et les rapprocher et leur permettre de purger leur peine en Corse, pour ne pas ajouter à la rigueur de la détention celle de l’éloignement de leur famille”.

Lors d’un échange avec la presse après son élection à la présidence de l’Assemblée, Jean-Guy Talamoni a insisté : “on peut discuter des modalités, du calendrier, mais sur le point des prisonniers politiques, il faut que Paris évolue, car on ne trahira pas nos électeurs”.