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N’ayant pas obtenu de quorum vendredi, notamment lors du vote sur le quatrième point de l’ordre du jour relatif à la proposition de cession de parts du capital de la Simko détenues par la ville à la Société nationale immobilière (SNI), le maire de Kourou François Ringuet a convoqué un nouveau conseil municipal, hier à 8 heures.

En présence de neuf élus dont Bernard Birebent, seul conseiller de l’opposition à n’avoir pas eu de panne d’oreiller, le premier édile de la commune a fait voter la proposition de cession. En quinze minutes, l’affaire était bouclée et le maire levait la séance pour répondre aux questions de la presse, sur cette décision qui fait couler beaucoup d’encre.

François Ringuet a d’emblée indiqué que tout le personnel de la Simko était informé de cette décision. « J’avais toujours expliqué que si les collectivités et notamment la ville de Kourou étaient minoritaires à l’entrée de la SNI, la ville de Kourou vendrait une partie de ses parts. » Il a aussi précisé que les représentants du personnel de la Simko devaient également au même titre que les élus dire s’ils étaient pour ou contre. « Maintenant que nous avons voté pour la proposition de cession, il va y avoir un aller-retour avec les représentants du personnel de la Simko. S’ils sont pour, cela va se faire rapidement mais s’ils sont contre, cela va prendre trois mois pour que la commune récupère plus de 16 millions d’euros. »

« COMME UNE ENTREPRISE DU CAC 40 »

Afin de faire comprendre sa décision, le maire a repris la genèse des stratégies : « La première était de dire au Cnes (Centre national d’études spatiales) de nous donner gratuitement les 3% des parts qu’il possède, cela n’a pas marché. À la dernière réunion, lors de l’assemblée générale, j’ai proposé de racheter les 3% du Cnes, ce qui représente environ 1,6 million d’euros. J’étais prêt à jouer le jeu, car on avait vendu un terrain à 1 million d’euros et un autre à 600 000 euros, mais il n’y a eu aucune proposition. »

François Ringuet atteste avoir eu plusieurs réunions avec les dirigeants de la SNI avant de prendre la décision de céder des parts. « Je voulais être sûr qu’il n’y aurait pas du changement pour le personnel. J’ai aussi demandé qu’il y ait une vraie politique sur l’investissement en Guyane et j’ai obtenu que l’investissement 2017, qui était de 40 millions d’euros, passe avec la SNI à 140 millions » .

Et le maire de poursuivre : « J’ai réfléchi comme toutes les entreprises du CAC 40, en me disant qu’il faut vendre nos parts au bon moment ou on perd tout. La SNI n’avait nullement l’intention d’acheter les parts de la mairie » , souligne encore François Ringuet.

Dans cette affaire, le maire reprend à son compte les propos du leader de l’opposition Jean-Étienne Antoinette, l’ancien maire de Kourou, « Il ne dit pas de ne pas vendre. Il dit qu’il ne faut pas brader. Je peux comprendre son interrogation, car la vraie question, c’était de savoir à quel moment vendre ou ne pas vendre. Il faut savoir que dans un capital, on ne perd pas ce qu’on a investi. Il faut se rappeler que lorsque l’ancien maire a fait recapitaliser la Simko, il a injecté 12 millions de francs, ce qui équivaut à 3 millions d’euros aujourd’hui. Si on avait attendu, on aurait récupéré 2 ou 3 millions d’euros, c’est tout. »

La cession des parts à la SNI doit rapporter à la mairie de Kourou plus de 16 millions d’euros. Elle restera actionnaire de la Simko à hauteur de 10% du capital.

ILS ONT DIT

Laurent Grebert, chef d’entreprise : « Les Kourouciens seront gagnants »

« Le maire a pris une bonne décision pour la ville et ses habitants et qu’il avait toutes les cartes en main. J’ai bien compris que derrière cette société SNI, c’est la caisse des dépôts et donc l’Etat qui règne. La ville de Kourou n’aurait jamais eu raison car il suffisait que l’État donne 100 hectares de terres à la Simko puis dilue toutes les parts sociales. Plutôt que de voir diluer les parts, le maire a préféré vendre une partie. Avec cette opération, il a récupéré 16 millions d’euros. Ce sont les Kourouciens qui seront gagnants. »

Christian Atzel, agriculteur : « Un choix intelligent et cohérent »

« Je ne connais pas tous les éléments du dossier. Si la municipalité cherche à investir et notamment dans le secteur agricole, cela peut être un choix intelligent et cohérent. J’espère que ce capital ne va pas se traduire par des embauches de personnes sans qualifications. Une entreprise bien gérée, c’est ce dont nous avons besoin. Le maire est dans son rôle lorsqu’il cherche des créneaux porteurs pour l’investissement. »

Bernard Birebent, élu de l’opposition : « Le maire s’est précipité sur cette vente »

« J’ai voté contre le point à l’ordre du jour. Si j’étais maire, j’aurais mis une priorité sur le rachat du patrimoine guyanais. Je pense que l’on aurait pu trouver au niveau local un repreneur des parts de la Simko. Je pense notamment à la CTG (Collectivité territoriale). Le maire s’est précipité sur cette vente alors qu’on aurait peut-être trouvé des acheteurs. »