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“Nous avons supplié le Royaume-Uni de nous aider. Je ne pense pas qu’ils réalisent l’urgence de la situation”, relève Goldray Ewing, ministre du Logement de ce territoire britannique, évoquant le chaos provoqué par l’afflux de Haïtiens fuyant l’extrême pauvreté de leur pays. “En tant que territoire britannique, nous ne disposons pas de notre propre armée. Nous leur avons dit que c’était une invasion et une crise nationale. Il n’y a aucune autre façon de le décrire”, ajoute-t-il.

Migrants haïtiens © Titus de BOER / AFP

© Titus de BOER / AFP Migrants haïtiens

 

Cap-Haïtien, plaque tournante    

Chaque année, plusieurs milliers de jeunes Haïtiens prennent place sur des embarcations en bois assemblées sur la côte nord du pays le plus pauvre des Caraïbes, où 60% de la population vit avec moins de deux dollars par jour. Aux dires des artisans, elles servent à pêcher. En réalité, le district de Cap-Haïtien est considéré comme une plaque tournante pour le trafic d’êtres humains.
    
Selon les autorités de l’archipel des Turques-et-Caïques, composé d’une trentaine d’îlots, la quasi-totalité des bateaux qui y accostent illégalement proviennent de ce port haïtien situé à environ 200 kilomètres. Au moins cinq bateaux sont arrivés en janvier, avec entre 50 et 200 personnes à bord.

© Google map

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28 morts le 2 février    

Mais le trajet sur ces frêles embarcations surchargées tourne parfois au désastre, comme le 2 février, lorsqu’un naufrage au large des Bahamas a fait au moins 28 morts. Les migrants déboursent entre 300 et 1.000 dollars pour rejoindre le territoire britannique aux quelque 35.000 habitants. Une affaire très rentable pour les passeurs, d’autant que certains candidats à l’immigration s’y reprennent à plusieurs fois.
 

“Vie meilleure”

Une employée de maison de Cap-Haïtien, s’exprimant sous condition d’anonymat, dit avoir tenté à trois reprises de rejoindre Providenciales, mais avoir été interceptée à chaque fois par les garde-côtes américains. Essaiera-t-elle de nouveau? “Oui. Tout le monde a le mal du pays, mais ça vaut le coup pour trouver une vie meilleure”, répond celle qui a besoin d’un an pour réunir les 300 dollars nécessaires à sa traversée, avec son maigre salaire mensuel de 100 dollars.

Cap-Haïtien © Gemma HANDY / AFP

© Gemma HANDY / AFP Cap-Haïtien

    
“J’ai besoin d’un travail”, renchérit un habitant de la même ville. “Je connais des gens là-bas qui peuvent m’aider à en trouver”.  Les autorités, faute de moyens selon elles, n’interceptent que la moitié des bateaux. En conséquence, plusieurs milliers de clandestins haïtiens vivraient sur l’île de Providenciales, la plus peuplée de l’archipel.
    

Des bidonvilles qui grossissent

Les quatorze bidonvilles disséminés à travers les Turques-et-Caïques grossissent davantage chaque jour, prévient le ministre Ewing, soulignant que le rapatriement de 187 passagers d’un bateau, le 17 janvier, a coûté 300.000 dollars. Un afflux qui n’est pas non plus du goût des habitants de ces bidonvilles. L’un d’eux souligne que “le quartier est envahi par des gens tout frais débarqués des bateaux et ils ne sont pas toujours sympathiques”. “Ils ont parfois des armes à feu avec eux, c’est effrayant pour nous”, dit-il à l’AFP.
    
Ce phénomène d’arrivées illégales n’est pas nouveau, mais les troubles récents en Haïti et les opportunités d’emploi à Providenciales ont entraîné une hausse considérable. Sans parler de l’incertitude causée par l’intention du président américain Donald Trump de supprimer le statut de protection temporaire (TPS) octroyé aux Haïtiens après le séisme de 2010.

   
“Une menace existentielle”

“Haïti ne va pas être démocratique du jour au lendemain. Le gouvernement haïtien a d’autres priorités et son économie profite des envois d’argent” par des Haïtiens installés à l’étranger, note Washington Misick, chef
de l’opposition aux Turques-et-Caïques. La situation actuelle représente pour lui “une menace existentielle pour nos îles et notre mode de vie”.
    
Depuis avril 2016, toute personne abritant un sans-papiers est passible d’une amende de 20.000 dollars et de quatre ans de prison. Une délégation du gouvernement britannique doit faire le voyage en mars pour évaluer les besoins en matière de sécurité maritime, a indiqué à l’AFP un porte-parole du gouverneur, John Freeman, rappelant que Londres avait notamment envoyé la Royal Navy en 2018.
 

Source: la1ere.francetvinfo.fr